“Rigoletto”
by Giuseppe Verdi libretto (French ⇄ English)
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Le duc de Mantoue (ténor) Rigoletto, son bouffon bossu (baryton) Gilda, fille de Rigoletto (soprano) Sparafucile, un spadassin (basse) Maddalena, sa sœur (contralto) Giovanna, duègne de Gilda (mezzo-soprano) Matteo Borsa, courtisan (ténor) Le chevalier Marullo, courtisan (baryton) Le comte Ceprano (basse) La comtesse Ceprano, sa femme (mezzo-soprano) Le comte Monterone (baryton) Un huissier (basse) Le page de la duchesse (soprano) Courtisans, nobles dames, pages, serviteurs (chœur) Prélude |
The Duke of Mantuna (Tenor) Rigoletto, his court jester (Baritone) Gilda, his daughter (Soprano) Sparafucile, a villain (Bass) Maddalena, his sister (Contralto) Giovanna, Gilda's duenna (Mezzosoprano) The Count of Monterone (Baritone) Marullo, a nobleman (Baritone) Matteo Borsa, a courtier (Tenor) The Count of Ceprano (Bass) The Countess, his wife (Mezzosoprano) Court Usher (Tenor) Page of the Duchess (Mezzosoprano) Chorus Gentlemen of the court, ladies, pages, halberdiers. Prelude |
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Première scène Une magnifique salle du palais ducal à Mantoue (Au fond, des portes ouvrent sur d’autres salles, superbement illuminées. Dans le fond de ces salles, une foule de dames et de gentilshommes en grande tenue. Des pages vont et viennent. La fête bat son plein. Au loin, en coulisse, on entend de la musique entrecoupée d’éclats de rire. Le Duc et Borsa entrent par une des portes du fond.) LE DUC Je veux mener à bon terme mon aventure avec ma belle bourgeoise inconnue. BORSA La jeune fille que vous voyez à l’église ? LE DUC Chaque dimanche depuis trois mois. BORSA Où demeure-t-elle ? LE DUC Dans une rue écartée ; chaque nuit un homme mystérieux entre chez elle ! |
Scene One A magnificent hall in the Ducal Palace, Mantua(Doors at the far end lead to other rooms; all are splendidly illuminated and thronged with a courtly company of knights and ladies in rich attire. Pages pass to and fro. The merrymaking is at its height. From within, the sound of music. The Duke and Borsa emerge from a door at the far end.) DUKE I intend to clinch my affair with that nameless beauty of the bourgeoisie. BORSA The girl you’ve seen in church? DUKE Every feast-day for the past three months. BORSA Where does she live? DUKE In a quiet back-alley; a mysterious man goes there every night. |
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BORSA Et sait-elle donc qui elle a pour amant ? LE DUC Elle l’ignore. (Un groupe de dames et de gentilshommes traverse la scène.) BORSA Que de beautés !... Regardez. LE DUC L’épouse de Ceprano l’emporte sur toutes les autres. BORSA Que le Comte ne vous entende pas, Monseigneur... LE DUC Et que m’importe ? BORSA Il pourrait le répéter à une autre. LE DUC Ce ne serait pas pour moi un grand malheur... Pour moi, l’une vaut bien l’autre. Et je suis entouré par tant de belles que je ne laisse pas plus volontiers l’une que l’autre régner sur mon cœur. Leur grâce est un de ces dons par lesquels le destin embellit notre vie ; et si aujourd’hui c’est celle-ci qui me plaît, demain ce sera peut-être une autre. Haïssons cette cruelle maladie qu’est la constance qui tyrannise les cœurs. |
BORSA And does she know who her admirer is? DUKE No, she doesn’t. (A group of ladies with their cavaliers cross the room.) BORSA What a bunch of beauties! Look at them! DUKE But Ceprano’s wife beats them all. BORSA Don’t let the Count hear you, my lord! DUKE What do I care? BORSA He might tell another woman. DUKE That wouldn’t worry me at all. Neither is any different from the rest I see around me; I never yield my heart to one beauty more than another. Feminine charm is a gift bestowed by fate to brighten our lives. And if one woman pleases me today, tomorrow, like as not, another will. Fidelity – that tyrant of the heart – we shun like pestilence. |
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Que celui qui le désire reste fidèle ; s’il n’est point de liberté, il n’est point d’amour. Je me ris de la jalouse fureur des maris, des accès de rage des amants ; et je défie même les cent yeux d’Argus lorsqu’une belle excite mes désirs. (Entre le Comte Ceprano qui suit de loin sa femme, escortée par un autre gentilhomme. Des dames et gentilshommes entrent de toutes parts.) LE DUC (s ‘avançant fort galamment à la rencontre de Madame de Ceprano) Vous partez ? Cruelle ! LA COMTESSE Je suis obligée de suivre mon époux à Ceprano. LE DUC Mais cet astre lumineux devrait briller à la Cour, comme un soleil. Chacun ici devrait brûler pour vous. Pour vous, déjà, la puissante flamme de l’amour enivre, conquiert, détruit mon cœur. LA COMTESSE Calmez-vous ! LE DUC La puissante flamme de l’amour, etc. LA COMTESSE Calmez-vous ! (Il lui offre son bras et sort avec elle. Entre Rigoletto qui se heurte au Comte Ceprano, puis des courtisans.) |
Only those who want to should be faithful; without freedom there is no love. I find the ravings of jealous husbands and the frenzy of lovers ridiculous; once smitten by a pretty face I’d not let Argus’ hundred eyes deter me! (Count Ceprano enters and, from a distance, watches his wife who is on the arm of another man; more ladies and gentlemen enter.) DUKE (to Ceprano’s wife, greeting her with great gallantry) You are leaving us? How cruel! COUNTESS CEPRANO I must go with my husband to Ceprano. DUKE So bright a star should be shedding its brilliance on my court. You would make every heart beat faster here. The fires of passion already flare headily, conquering, consuming my heart. COUNTESS Calm yourself! DUCA The fires of passion already flare, etc. COUNTESS Calm yourself! (The Duke gives her his arm and leads her out. Rigoletto meets Ceprano, then the courtiers.) |
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RIGOLETTO Qu’avez-vous donc en tête. Monsieur de Ceprano ? (Ceprano, avec un geste d ‘impatience, s’élance à la suite du Duc. Rigoletto se tourne vers les courtisans.) Vous voyez, il suffoque ? BORSA, LE CHŒUR Quelle fête ! RIGOLETTO Oh oui... BORSA, LE CHŒUR En tout cas, le Duc s’amuse ! RIGOLETTO N’en est-il pas toujours ainsi ? La belle découverte ! Le jeu, et le vin, les têtes. la danse, les batailles, les banquets, tout lui convient. En ce moment, il fait le siège de la Comtesse, et pendant ce temps, le mari suit tout frémissant. (Il sort. Entre Marullo, tout affairé.) MARULLO Une grande nouvelle ! Une grande nouvelle ! LE CHŒUR Que se passe-t-il ? Parlez ! MARULLO Vous allez en rester stupéfaits . LE CHŒUR, BORSA Racontez, racontez. |
RIGOLETTO What have you on your head, my lord of Ceprano? (Ceprano reacts with an angry gesture, then follows his wife and the Duke. Rigoletto says to the courtiers:) He’s fuming, did you see? BORSA, CHORUS What sport! RIGOLETTO Oh, yes! BORSA, CHORUS The Duke is enjoying himself! RIGOLETTO Doesn’t he always? That’s nothing new. Gaming and wine, parties, dancing, battles and banquets – anything goes. Now he’s laying siege to the Countess while her husband goes off in a rage. (He leaves the room. Marullo enters excitedly.) MARULLO Great news! Great news! CHORUS What has happened? Tell us! MARULLO This will amaze you! CHORUS, BORSA Tell us, tell us. |
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MARULLO Ah ah ! Rigoletto LE CHŒUR, BORSA Eh bien ? MARULLO La chose est impensable ! LE CHŒUR, BORSA Il a perdu sa bosse ? Il n’est plus difforme ? MARULLO C’est plus étrange encore ! Le fou possède... LE CHŒUR, BORSA Finissez donc. MARULLO Une maîtresse. LE CHŒUR, BORSA Une maîtresse ! Comment est-ce possible ! MARULLO Voici que notre bossu s’est transformé en Cupidon. LE CHŒUR, BORSA Quel monstrueux Cupidon... Bienheureux Cupidon ! (Le Duc revient, suivi de Rigoletto, puis de Ceprano.) LE DUC (à Rigoletto) Ah, que ce Ceprano est donc importun ! Sa chère épouse est pour moi un ange ! |
MARULLO Ah! Ah! Rigoletto... CHORUS, BORSA Well? MARULLO Against all the odds... CHORUS, BORSA He’s lost his hump? He’s no longer a monster? MARULLO Even more extraordinary! The fool has... CHORUS, BORSA Has what? MARULLO A mistress! CHORUS, BORSA A mistress! Who’d ever believe it? MARULLO The hunchback has changed into Cupid. CORO, BORSA That monster? Cupid?...Some Cupid! (The Duke returns followed by Rigoletto, then Ceprano.) DUKE (to Rigoletto) Ah, no one is such a bore as Ceprano! And his dear wife is an angel! |
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RIGOLETTO Enlevez-la. LE DUC C’est dit : mais comment faire ? RIGOLETTO Ce soir. LE DUC Tu oublies le Comte ? RIGOLETTO N’y a-t-il plus de prisons ? LE DUC Ah, non ! RIGOLETTO Eh bien... exilez-le LE DUC Non plus, bouffon. RIGOLETTO (se passant le doigt sur le cou) Alors la tête... CEPRANO (à part) Quelle âme scélérate ! LE DUC (frappant sur l’épaule du Comte) Que dis-tu là, cette tête ? |
RIGOLETTO Carry her off. DUKE Easy to say; but how? RIGOLETTO Tonight. DUKE Have you forgotten the Count? RIGOLETTO What about prison? DUKE Ah, no. RIGOLETTO Well, banish him, then. DUKE Not that either, fool. RIGOLETTO (with a graphic gesture) Well then, his head... CEPRANO (to himself) The black-hearted villain! DUKE (clapping the Count on the shoulder) What, this head? |
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RIGOLETTO C’est tout naturel. Que faire d’une telle tête ?... A quoi sert-elle ? CEPRANO (furieux, brandissant son épée) Maraud ! LE DUC (à Ceprano) Arrêtez... RIGOLETTO Il me fait rire. MARULLO, LE CHŒUR (à part) Il est fou de colère ! LE DUC (à Rigoletto) Viens ici, bouffon. BORSA, MARULLO, LE CHŒUR Il est fou de colère ! LE DUC Ah, tu pousses toujours trop loin la plaisanterie. Cette colère que tu défies, pourrait bien te frapper. CEPRANO (à part aux courtisans) Je veux me venger du fou !... RIGOLETTO Qui pourrait m’atteindre ? Je ne les crains pas. Personne ne touchera un favori du Duc. |
RIGOLETTO Naturally. What else can you do with such a head?...What’s itgood for? CEPRANO (furiously, drawing his sword) Scoundrel! DUKE (to Ceprano) That’s enough! RIGOLETTO He makes me laugh. MARULLO, CHORUS (to each other) He’s furious! DUKE (to Rigoletto) Fool, come here. BORSA, MARULLO, CHORUS He’s in a fury! DUKE You always take a joke too far. The wrath you provoke could rebound upon you. CEPRANO (to the courtiers) Revenge on the fool! RIGOLETTO Who could harm me? I’m not afraid of them. No one dare touch a favourite of the Duke. |
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CEPRANO Lequel d’entre nous ne lui tient pas rigueur? Vengeance! BORSA, MARULLO, LE CHŒUR (à Ceprano) Mais comment? CEPRANO Demain, que tous les hommes de cœur viennent chez moi, armés. BORSA, MARULLO, LE CHŒUR Oui. CEPRANO De nuit. BORSA, MARULLO, LE CHŒUR Qu’il en soit ainsi. RIGOLETTO Qui pourrait m’atteindre ? etc. LE DUC Ah, tu pousses toujours trop loin la plaisanterie, etc. BORSA, CEPRANO, MARULLO, LE CHŒUR Je veux me venger du fou ! Lequel d’entre nous ne lui tient pas rigueur de ses cruelles plaisanteries? Oui, vengeance! etc. Oui, vengeance! |
CEPRANO Which of us nurses no grudge against him? Revenge! BORSA, MARULLO, CHORUS (to Ceprano) But how? CEPRANO Let those with spirit come armed to my house tomorrow. BORSA, MARULLO, CHORUS Yes! CEPRANO After dark. BORSA, MARULLO, CHORUS Agreed. RIGOLETTO Who could harm me? etc. DUCA Ah, you always take a joke, etc. BORSA, CEPRANO, MARULLO, CHORUS Revenge on the fool! Which of us nurses no grudge against him for his cruel ways? Yes, revenge! etc. Yes, revenge! |
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DUCA, RIGOLETTO Tout n’est plus que joie et réjouissances. (La foule des danseurs envahit la scène.) TOUS Tout n’est plus que joie et réjouissances. Tout nous invite à nous amuser ! Ah, voyez cette Cour, n’est-elle pas la Cour du plaisir ? (Entre le Comte Monterone.) MONTERONE Il faut que je vous parle. LE DUC Non. MONTERONE (s’avançant) Je le veux. BORSA, RIGOLETTO, MARULLO, CEPRANO, LE CHŒUR Monterone ! MONTERONE (toisant le Duc, d’un air noble et orgueilleux) Oui, Monterone... Partout, ma voix vous secouera comme le tonnerre... RIGOLETTO (au Duc, contrefaisant la voix de Monterone) Il faut que je vous parle. (Ils ‘avance, d’un air de gravité ridicule.) Vous avez comploté contre nous, monsieur, et nous, clément en vérité, nous avons pardonné... |
DUKE, RIGOLETTO What gaiety! What a party spirit! (The dancers swirl into the room.) ALL What gaiety! What party spirit! What splendid entertainment! Oh, just look, would you not say that this was the realm of pleasure? (Enter Count Monterone.) MONTERONE Let me speak to him. DUKE No! MONTERONE (coming forward) I shall! BORSA, RIGOLETTO, MARULLO, CEPRANO, CHORUS Monterone! MONTERONE (fixing the Duke with a look of fearless pride) Yes, Monterone. My voice, like thunder, shall make you quake wherever you go... RIGOLETTO (to the Duke, imitating Monterone) Let me speak to him. (advancing with mock-solemnity) You did conspire against us, my lord, and we, with royal clemency, forgave you. |
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Quel délire vous prend, désormais, de réclamer à toute heure l’honneur de votre fille ? MONTERONE (regardant Rigoletto avec colère et mépris) Nouvel affront ! (au Duc) Ah, oui, je viens troubler vos orgies... Je continuerai à crier tant que restera impuni l’infâme outrage qu’a subi ma famille : et si, pour finir, vous me livrez au bourreau, vous me reverrez, spectre affreux, tenant dans ma main mon crâne, réclamer la vengeance au monde et à Dieu. LE DUC Cela suffit. Qu’on l’arrête ! RIGOLETTO Il est fou. LE CHŒUR Quelles paroles ! MONTERONE (au Duc et à Rigoletto) Oh, soyez maudits, tous les deux. BORSA, MARULLO, CEPRANO, LE CHŒUR Ah! MONTERONE O Duc, il est vil de lancer son chien contre le lion qui meurt... |
What mad impulse is this, that night and day you make complaint about your daughter’s honour? MONTERONE (regarding Rigoletto with angry contempt) One more insult! (to the Duke) Ah yes! I shall disrupt your orgies; I shall come here to complain so long as the atrocious insult to my family remains unpunished. And if you give me over to your hangman, I shall haunt you as a terrifying spectre, carrying my skull in my hands, crying to God and man for vengeance! DUKE Enough! Arrest him. RIGOLETTO He’s mad. CHORUS What audacity! MONTERONE (to the Duke and Rigoletto) May both of you be damned! BORSA, MARULLO, CEPRANO, CHORUS Ah! MONTERONE To unleash your hounds on a dying lion is cowardly, o Duke. |
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(à Rigoletto) Et toi, serpent, toi qui ris de la douleur d’un père, sois maudit. RIGOLETTO (saisi, à part) Qu’est-ce que j’entends ! Horreur ! TOUS (sauf Rigoletto) (à Monterone) O toi, audacieux, qui viens troubler la fête, guidé jusqu’ici par un démon infernal, tes paroles sont vaines, éloigne-toi d’ici, va, et crains, ô vieillard, la colère souveraine, etc. RIGOLETTO Horreur ! Quel le horreur ! MONTERONE Sois maudit ! Et toi, serpent! etc. TOUS (sauf Rigoletto) Tu l’as provoquée, pour toi plus d’espoir, cet instant est pour toi, un instant fatal. (Monterone s’éloigne entre deux hallebardiers ; tous les autres suivent le Duc dans une autre salle.) |
(to Rigoletto) and you, you serpent, you who ridicule a father’s grief, my curse upon you! RIGOLETTO (aside, horror-struck) What has he said! Alas! ALL (except Rigoletto) (to Monterone) O you who so daringly disrupt our revels, some demon from hell must have guided you here; no words will avail you, begone from this place, go, greybeard, beware of your sovereign’s wrath. RIGOLETTO Horror! What horror! etc. MONTERONE My curse upon you! And you, you serpent! etc. ALL (except Rigoletto) You have provoked it, all hope is lost, this was a fatal mistake on your part. (Monterone goes out between two halberdiers. The others all follow the Duke into an adjoining room.) |
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Scène 2 L’extrémité d’une impasse (A gauche, une maison d’apparence modeste, avec une petite cour, entourée d’un grand mur. Dans la cour, un grand arbre. fort élevé, et un siège de marbre ; dans le mur, une porte qui donne dans la rue ; sur le mur une grande terrasse, soutenue par une arcade. La porte du premier étage donne sur cette terrasse, à laquelle on accède aussi par un escalier sur le devant. A droite de la rue, un mur extrêmement élevé et un côté du palais de Ceprano. Il fait nuit. Rigoletto paraît, enveloppé dans son manteau, suivi de Sparafucile qui porte sous son manteau une longue épée.) RIGOLETTO (à part) Ce vieillard m’a maudit ! SPARAFUCILE Monsieur ? RIGOLETTO Va, je n’ai rien. SPARAFUCILE Je ne vous ai rien demandé... Vous avez devant vous un homme d’épée. RIGOLETTO Un voleur ? SPARAFUCILE Un homme qui pour trois fois rien vous délivre d’un rival, et vous en avez un... |
Scene 2 The end of a cul-de-sac (Left, a modest house with a small courtyard enclosed by walls. In the courtyard, a large tree with a marble bench beside it; a door in the wall opens on to the street. Above the wall, a terrace over a loggia. From the second storey a door opens on to the terrace, which is reached by a flight of steps in front. To the right of the road, a much higher wall surrounding the garden and one side of the Ceprano palace. It is night. Rigoletto enters, wrapped in a cloak. Sparafucile, a long sword beneath his cloak, follows him.) RIGOLETTO (to himself) The old man cursed me! SPARAFUCILE Signor?... RIGOLETTO Go – I have nothing. SPARAFUCILE And I asked for nothing. You see before you a swordsman. RIGOLETTO A robber? SPARAFUCILE One who can rid you, for a small fee, of a rival, which you have. |
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RIGOLETTO Qui est-il ? SPARAFUCILE Votre femme habite là. RIGOLETTO (à part) Qu’est-ce que j’entends ! (à Sparafucile) Et combien devrais-je te verser pour un gentilhomme ? SPARAFUCILE Le prix serait plus élevé. RIGOLETTO Comment te paie-t-on d’habitude ? SPARAFUCILE La moitié avant, et le reste après. RIGOLETTO (à part) Démon ! (à Sparafucile) Et comment peux-tu opérer ainsi, en toute sécurité ? SPARAFUCILE J’ai l’habitude de tuer en ville, ou encore sous mon toit ; j’attends l’homme, le soir ; une estocade et il meurt. |
RIGOLETTO Who? SPARAFUCILE Your woman lives there. RIGOLETTO (to himself) What’s this! (to Sparafucile) And how much would you charge me for a nobleman? SPARAFUCILE I’d demand a higher price. RIGOLETTO How are you usually paid? SPARAFUCILE Half in advance, the rest on completion. RIGOLETTO (to himself) The demon! (to Sparafucile) And how is it that you can work so safely? SPARAFUCILE I either kill in the town or under my own roof. I wait for my man at night; one thrust and he dies. |
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RIGOLETTO (à part) Démon ! (à Sparafucile) Comment fais-tu chez toi ? SPARAFUCILE C’est facile... Ma sœur m’aide. Elle danse dans les rues... elle est belle. elle attire qui je veux... et alors. RIGOLETTO Je comprends. SPARAFUCILE Sans bruit... RIGOLETTO Je comprends. SPARAFUCILE Et voici mon instrument. (Il montre son épée.) Peut-il vous être utile ? RIGOLETTO Non... pas pour le moment. SPARAFUCILE Tant pis pour vous. RIGOLETTO Qui sait ? |
RIGOLETTO (to himself) The demon! (to Sparafucile) And how do you work at home? SPARAFUCILE It’s simple. My sister helps me. She dances in the streets...she’s pretty... she entices the victim, and then... RIGOLETTO I understand. SPARAFUCILE Without a sound... RIGOLETTO I understand. SPARAFUCILE This is my instrument. (indicating his sword) Can it serve you? RIGOLETTO No...not just now. SPARAFUCILE You’ll regret it. RIGOLETTO Who knows? |
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SPARAFUCILE Je me nomme Sparafucile RIGOLETTO Un étranger ? SPARAFUCILE (s ‘éloignant) Bourguignon... RIGOLETTO Et, à l’occasion, où vous trouve-t-on ?. SPARAFUCILE Toujours ici, le soir. RIGOLETTO Va. SPARAFUCILE Sparafucile, Sparafucile. (Sparafucile sort.) RIGOLETTO (regarde Sparafucile s’éloigner) Va, va, va, va. Nous sommes égaux ! moi, j’ai ma langue, lui son poignard ; je suis l’homme qui rit, et lui, celui qui éteint ! Ce vieillard m’a maudit... Q hommes !... ô nature ! C’est vous qui avez fait de moi un vil scélérat ! Ah, j’enrage ! être difforme... être bouffon ! Ne devoir, ne pouvoir rien faire d’autre que rire ! L’héritage de tous les hommes m’a été arraché. |
SPARAFUCILE My name is Sparafucile. RIGOLETTO A foreigner? SPARAFUCILE (as he leaves) Burgundian. RIGOLETTO And where, if the need should arise? SPARAFUCILE Here, each night. RIGOLETTO Go! SPARAFUCILE Sparafucile, Sparafucile. (He leaves.) RIGOLETTO (his gaze following Sparafucile) Go, go, go, go. We are two of a kind: my weapon is my tongue, his is a dagger; I am a man of laughter, he strikes the fatal blow! The old man cursed me... O mankind! O nature!It was you who made me evil and corrupt! I rage at my monstrous form, my cap and bells!To be permitted nothing but to laugh!I’m denied that common human right, to weep. |
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les larmes ! Mon maître, jeune, joyeux, si puissant, beau, me dit avec indolence : Fais-moi rire, bouffon ! Et je dois me forcer et obéir !... Oh, damnation !.. Je vous hais, courtisans moqueurs ! Que j’ai de joie à vous mordre ! Si je suis ignoble, la faute vous en incombe... Mais ici, je deviens un autre homme... Ce vieillard m’a maudit !... Pourquoi cette pensée hante-t-elle ainsi mon esprit ? Le malheur va-t-il me frapper ? Ah ! non, c’est de la folie ! (Il ouvre la porte avec sa clef et entre dans la petite cour. Gilda sort de la maison et se jette dans ses bras.) Ma fille ! GILDA Mon père ! RIGOLETTO Auprès de toi. mon cœur oppressé retrouve sa joie. GILDA Oh, je vous aime tant, mon père ! RIGOLETTO Tu es ma vie ! Sans toi, quel bonheur aurais-je sur la terre ? Ah, ma fille ! |
My master, young, carefree, so powerful, so handsome, half-dozing, says: “Fool, make me laugh!” And I must contrive to do it! Oh, damnation! My hate upon you, sneering courtiers! How I enjoy snapping at your heels! If I am wicked, the fault is yours alone. But here I become another person! The old man cursed me!...Why should this thought still prey so on my mind? Will some disaster befall me? Ah no, this is folly! (He opens the gate with a key and enters the courtyard. Gilda runs from the house and into his arms.) My daughter! GILDA Father! RIGOLETTO Only with you does my heavy heart find joy. GILDA Oh, how loving you are, father! RIGOLETTO You are my life! Without you, what would I have on earth? Ah, my daughter! |
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GILDA Vous soupirez ? Qu‘est-ce qui vous tourmente tant ? Dites-le à votre pauvre fille. S’il y a un mystère, dissipez-le pour elle, laissez-la connaître sa famille. RIGOLETTO Tu n’en as pas. GILDA Quel est votre nom ? RIGOLETTO Que t’importe ? GILDA Si vous ne voulez pas me parler de vous... RIGOLETTO (l’interrompant) Il ne faut jamais sortir. GILDA Je ne vais qu’à l’église. RIGOLETTO Ah, tu fais bien. GILDA Si je ne dois pas savoir qui vous êtes, dites-moi au moins qui était ma mère. RIGOLETTO Hélas, ne parle pas à un malheureux du trésor qu’il a perdu. |
GILDA You sigh! What makes you so sad? Tell your poor daughter. If you have secrets, share them with her: let her know about her family. RIGOLETTO You have no family. GILDA What is your name? RIGOLETTO What does it matter? GILDA If you are unwilling to tell me about yourself... RIGOLETTO (interrupting) Never leave this house. GILDA I only go out to church. RIGOLETTO Oh, that is good. GILDA If you will tell me nothing of yourself, let me know at least who my mother was. RIGOLETTO Oh, do not speak to your wretched father of his lost love. |
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Cet ange, elle a eu pitié de ma souffrance. Seul, difforme, pauvre, elle m’a aimé par compassion. Elle est morte... que la terre légère, recouvre cette tête chérie. Toi seule, tu restes au malheureux... Oh, que Dieu en soit loué ! GILDA (sanglotant) Quelle douleur ! Qu’est-ce qui peut faire couler des larmes aussi amères ? Père, cessez, calmez-vous... Ce spectacle me déchire... RIGOLETTO Toi seule, tu restes au malheureux, etc. GILDA Dites-moi votre nom, et la douleur qui vous accable. RIGOLETTO Pourquoi me nommer ? C’est inutile ! Je suis ton père, cela suffit. Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent. GILDA Vous n’avez donc ni patrie, ni parents. ni amis ? |
She felt, that angel, pity for my sorrows. I was alone, deformed, poor, and she loved me out of compassion. She died...may the earth rest lightly upon that beloved head. Only you are left to this wretch... O God, I thank thee for that! GILDA (sobbing) What sorrow! What can have caused such bitter tears? Father, no more, calm down. This sight tortures me. RIGOLETTO You only are left to this wretch, etc. GILDA Tell me your name, tell me what sorrow so afflicts you. RIGOLETTO What good would it do? None at all! I am your father, let that suffice. Perhaps some people fear me, and some may even hate me. Others curse me... GILDA Country, family, friends, have you none of these? |
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RIGOLETTO Une patrie ! Des parents, dis-tu ? Ma religion, ma famille, ma patrie, mon univers entier sont en toi ! GILDA Ah, si je pouvais vous rendre heureux, cela éclairerait mon existence ! RIGOLETTO Ma religion, ma famille, etc. GILDA Voici trois mois que je suis ici, et je n’ai pas encore vu la ville ; si vous me le permettiez, je pourrais désormais... RIGOLETTO Jamais ! Jamais ! Dis-moi, es-tu jamais sortie ? GILDA Non. RIGOLETTO Prends garde ! GILDA (à part) Qu’ai-je dit ! RIGOLETTO Garde t’en bien ! (à part) Ils pourraient la suivre, et même la ravir ! Ici, on déshonore la fille d’un bouffon et on en rit... Horreur ! |
RIGOLETTO Country! family! friends! My faith, my family, my country, my whole world is in you! GILDA Ah, if I can make you happy, then I shall be content! RIGOLETTO My faith, my family, etc. GILDA I have been here for three months now, yet I have never seen the town: if you would let me, now I could... RIGOLETTO Never! Never! Tell me, have you been out? GILDA No. RIGOLETTO Woe betide you! GILDA (to herself) What have I said? RIGOLETTO Make sure you never do! (to himself) They could follow her, carry her off! Here, the dishonouring of a jester’s daughter would be cause for laughter...Oh, horror! |
| libretto by B. Vierne | libretto by Dale McAdoo, 1956, revised 1989 |
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